Colette Burgeon interroge la vice-première ministre : alors que les négociations
interprofessionnelles vont bientôt démarrer, peut-on s'attendre à des
avancées sur le plan du rapprochement entre les statuts d'ouvrier et
d'employé?
Quel bilan tire-t-elle de ses rencontres successives avec la direction
de l'entreprise et avec les représentants des travailleurs? Quelles
mesures préconise-t-elle pour permettre l'établissement d'un
dialogue serein entre les deux parties?
Un pas supplémentaire a été franchi le 10 novembre dernier puisque
la direction de Brink's aurait fait part de son intention de déposer le
bilan le 12 novembre si les travailleurs ne cessaient pas
immédiatement leur mouvement de grève. Cette menace n'est-elle
pas assimilable à une nouvelle forme de lock out, pratique contraire à
la tradition sociale en Belgique?
La branche belge du transporteur de fonds américain Brink's est
déficitaire depuis huit ans. La perte cumulée s'élève à plus de 19,6
millions d'euros, selon la presse économique. Ne serait-il pas
nécessaire de renforcer le devoir d'information ou de mettre en place
un système d'alerte au sein des conseils d'entreprise afin de prévenir
ce genre de situation?
Pour Colette Burgeon, les travailleurs ont
adopté une attitude exemplaire car s'ils s'étaient laissés faire, cela
aurait créé un précédent.
Quelques jours après l'annonce de la grève, une
entreprise du Hainaut occidental voulait faire passer des travailleurs
du statut d'ouvrier au statut d'intérimaire. Pour la députée fédérale, c'est inacceptable! Il est
important que les travailleurs aient tenu bon.
Pour la députée fédérale, il faut insister sur la problématique de
l'harmonisation des statuts d'ouvrier et d'employé. C'est la seule
chose que nous pouvons faire. Il y a des négociations entre patrons et
syndicats mais nous pouvons travailler sur cette harmonisation des
statuts.
Réponse de Joëlle Milquet, ministre de l'emploi :
Des tensions évidentes duraient depuis un certain temps et, après analyse, on peut dire qu'il y avait chez Brink's une addition de
problèmes: rentabilité, méfiance à l'égard du management, structure
de coûts élevés, organisation du travail peu efficace, mauvais climat
social en général et pertes cumulées depuis de nombreuses années.
À partir du moment où le conflit a éclaté, lors du lancement de la
grève, les services du conciliateur social du SPF se sont mis en route.
Deux réunions de conciliation ont eu lieu les 2 et 4 novembre 2010
lors desquelles le bureau de conciliation a émis des
recommandations très claires et pertinentes qui n'ont pas été suivies
par l'employeur; les syndicats ont aussi mis objectivement des
propositions sur la table. Celles-ci rendaient possibles des économies
de plus de 1,5 million d'euros et des ouvertures sur certains aspects
avec une sensibilité très importante, notamment sur la problématique
des préavis, ce qui est largement légitime. Dans le cadre de ces deux
conciliations, les syndicats ont clairement fait des propositions qui
n'ont jamais fait l'objet d'un avis positif ou ne fût-ce que d'une
avancée minimale.
À partir du moment où, après la réunion du 4 novembre 2010, il est
apparu que nous étions dans une impasse importante et qu'il n'y avait
plus aucune capacité de discussion ultérieure malgré ce qui était sur
la table, mon chef de cabinet, Peter Vansintjan, a rencontré la
direction pour la première fois le 8 novembre 2010. Le
9 novembre 2010, j'ai eu avec lui le contact avec l'ensemble des
syndicats pour entendre leur point de vue, analyser la situation,
notamment la capacité de reprise d'une négociation, et pour
déterminer quel serait le signal qui pourrait venir de part et d'autre. Je
reconnais que les syndicats étaient désireux de venir avec des
propositions constructives et responsables pour sauver l'entreprise
mais celles-ci pouvaient difficilement s'inscrire dans une demande
unilatérale de changement radical de tout le statut, en ce compris les
délais de préavis.
Puis, le 10 novembre, nous avons tenu une réunion assez longue
avec mon chef de cabinet et la direction. Nous y avons tout tenté pour
organiser une reprise des négociations le vendredi dans un cadre
plus ouvert afin de ne pas se fixer exclusivement sur le changement
de statut. Il fallait démontrer la possibilité d'arriver à des effets
importants en matière d'économie, mais via d'autres thèmes. À cette
fin, il fallait se rencontrer, se parler et se montrer ouverts pour obtenir
un mandat de négociation renouvelé.
Objectivement, malgré tous nos efforts, nous n'avons rencontré
aucune possibilité d'espace minimal pour donner un signal aux
syndicats et au conciliateur social pour une reprise éventuelle. Ainsi, à
l'issue de la rencontre, nous nous sommes rendu compte de leur
intention de déposer le bilan dans un délai très court. Nous avons
donc maintenu le contact avec la direction, les syndicats, etc.
Le vendredi, la direction a décidé de déposer le bilan. Vous
connaissez la suite des événements: l'attitude du parquet assez
claire, puis la désignation des administrateurs provisoires. La qualité
du travail de ces administrateurs provisoires est à souligner. Nous
avons eu plusieurs contacts avec M. Zenner: il travaille en partenariat
avec tout le monde; son contact est très bon aussi avec les syndicats.
Ensuite, ce fut le refus de la faillite dans un premier temps. Après les négociations avec l'administrateur provisoire, la reprise du travail a
été décidée, mais dans un volume plus limité. C'est pour cette raison
qu'une des possibilités actuelles est d'utiliser les mesures anti-crise,
tant qu'elles existent encore; elles permettront de garder tout le
monde dans cette période provisoire.
À présent, nous verrons si nous nous dirigeons in fine vers une faillite
– de quel ordre? – et si la vente du département de Zaventem,
réalisée assez paradoxalement le 4 novembre, jour de la dernière
négociation avec les syndicats, est considérée par le tribunal comme
valable ou pas.
Comme suite des événements, des contacts ont lieu avec des
repreneurs potentiels; ils sont au nombre de quatre. Le travail est
largement pris en main.
Étant donné qu'il s'agit d'un
secteur particulier, le personnel
est armé et l'entreprise doit avoir
une licence. La délivrance de cette
licence est de la compétence de la
ministre Turtelboom. Je ne puis
dès lors me prononcer sur la
licence accordée à la filiale de
cette entreprise.
Je pense pour ma part que nous
ne pourrons prendre une vraie
décision dans ce dossier que
lorsque le tribunal aura décidé
quelles ressources financières et
quels membres du personnel de la
Brink's Belgium peuvent être
transférés vers la Brink's Diamond& Jewelry. À ce jour, il s'agit d'une
licence provisoire et verbale qui
est nécessaire pour le transport de
diamants dans des conditions de
sécurité satisfaisantes, une activité
dont Brink's a le monopole.
Sur le plan légal, la situation
restera floue tant que la faillite
n'aura pas été accordée. Brink's
avait demandé la faillite au tribunal
de commerce, lequel ne l'a pas
prononcée. Pour l'heure, nous
attendons la décision du tribunal
ainsi que celle du curateur.
Les partenaires sociaux ont
enregistré certaines avancées. Un
certain nombre de propositions concernant le statut des ouvriers
et des employés en vue de
l'adoption de mesures provisoires
sont sur la table. J'espère qu'un
accord pourra être conclu avant la
fin de cette année-ci ou au début
de l'année prochaine.
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