Célébrer le 11 novembre, un devoir de mémoire

 
Le 12 novembre 2011  
     

Le premier conflit mondial marquera l'entrée brutale dans le XXème siècle. Un siècle qui sera celui de guerres idéologiques menées à l'échelle industrielle et dont le bilan humain dépassera par son ampleur toutes les catastrophes de l'histoire de l'humanité. Pour Jacques Gobert, bourgmestre d'une ville entrée dès 1921 dans la résistance à la guerre à travers le mouvement du « fusil brisé », la célébration du 11 novembre est un devoir de mémoire. Voici l'intégralité du discours qu'il a prononcé ce 11 novembre 2011.

"Nous voici à nouveau rassemblés afin de commémorer l’armistice de la première guerre mondiale, qui fut signé à Rethondes, forêt de Compiègne, dans un wagon du train du maréchal Foch, le 11 novembre 1918.

 

 

Des villages écrasés et mêlés à la terre ; des villes dévastées par le feu ; une terre retournée par un incessant pilonnage; des vies anéanties, civiles ou militaires ; des êtres humains déchiquetés, gazés, défigurés ; des disparus et des morts, dix millions de toutes nationalités, Français, Allemands, Russes, Autrichiens, Anglais, Belges, Serbes, Italiens, Américains, Canadiens…

La Première Guerre Mondiale a profondément marqué le monde et l'Histoire du XXème siècle. Son spectre plane encore, malgré son éloignement dans le temps, en particulier dans les Balkans, point d'origine de cette " Grande Guerre " un certain 28 juin 1914.

Débutant comme un conflit conventionnel, après l' assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, elle prendra fin en guerre moderne, ayant mutilé l' Humanité à tout jamais et laissant ses survivants sans foi dans les valeurs morales et spirituelles qui avaient constitué la grandeur et l'unité de l'Europe. Des survivants qui, pourtant, voulaient croire que cette guerre qui s'achevait serait la dernière, la « Der des Ders ». On sait ce qu'il en advint: la Seconde Guerre Mondiale en ayant finalement constitué, sur fond de haine et de revanche, la plus épouvantable des séquelles.

   

S'il est important d'évoquer des batailles comme l'Artois, Verdun ou la Somme, il est bon de rappeler aussi combien notre pays a souffert, tout en opposant à l'ennemi une féroce résistance. Pourtant garantie par les grandes puissances dès 1839, notre neutralité fut bafouée le 4 août 1914 par l'armée allemande, dont l'objectif avoué était d'occuper rapidement la Belgique et la France afin de pouvoir se concentrer sur la Russie.

C'était sans compter sur la détermination de l'armée belge, qui contra les Allemands et enraya ainsi leur progression à diverses reprises: au Fort de Liège, à Anvers, Ypres, Langemarck et, bien entendu, l'Yser, où le front se maintiendra 4 années durant. Lorsque notre armée fut contrainte de se replier vers le littoral, 40.000 hommes étaient déjà tombés au combat...Souvenons-nous ...

Souffrance pour ce soldat combattant sur le front, souvent terré au fond d'horribles tranchées où la vie ne tenait qu'à un fil.

Souffrance pour ces innombrables déportés qui, dès 1916, furent contraints de servir les intérêts militaires et industriels allemands, pour le seul salaire de la violence, physique comme psychologique.

Souffrance, aussi, pour tous ces civils entravés et rationnés, s'interrogeant sur le devenir de leurs proches.

Souffrance, enfin, pour tous ces sinistrés et mutilés de guerre, qui devaient conserver, à jamais imprimées en leur chair, les cicatrices profondes d'une barbarie sans nom.

« Qui ne s'élève contre toutes les guerres ne s'élèvera jamais contre aucune », nous dit Jean Rostand. Voici un message on ne peut plus limpide.

   

Clairement, il nous appartient non seulement de préserver et perpétuer la mémoire de nos anciens, qui ont su faire face à cette période noire avec courage et dignité, mais également d'entrer à notre tour en Résistance.

Oui, notre devoir est de résister, au quotidien, contre l'injustice, l'intolérance, la discrimination sous toutes ses formes. L'expérience nous a prouvé aussi que, à chaque instant, nous nous devons de garder intacte notre vigilance afin de préserver nos valeurs et contrer les extrémismes, dont l'expression fait trop souvent la une des actualités.

Plus que jamais, des cérémonies comme celle qui nous rassemble aujourd'hui trouvent toute leur signification dans les prolongements individuels que nous voudrons bien leur donner : le don de soi, la partage, l'engagement contre les conflits armés, les initiatives humanitaires, le débat démocratique...

En bref, l'Action permanente au bénéfice de la Liberté. Cette liberté dont Nelson Mandela dit « qu'on ne peut la posséder si l'on en prive quelqu'un d'autre. »

La mémoire vive de nos ancêtres tombés, mais également la solidarité qui nous anime, sauront répercuter à l'infini la voix de nos espérances. Que cette dernière inspire les générations futures comme elle nous anime aujourd'hui, afin qu'à leur tour elles s'engagent à cultiver et préserver les valeurs démocratiques, pour un Monde de paix, de liberté et de justice, où le mot « guerre » sera définitivement obsolète."