Visite officielle de Leila Shahid à La Louvière

 
Le 28 octobre 2011  
     

Le 28 octobre, la Ville de La Louvière accueillait Leila Shahid, Déléguée générale de Palestine auprès de l'Union européenne dans le cadre du projet « Asseoir l'espoir » qui vise à soutenir la création et le développement d'une école de cirque à Ramallah en territoire palestinien.

Le fer de lance de cette vaste opération de solidarité étant constitué de la régionale de Soignies de Présence et Action Culturelles, de la Ville de La Louvière et de la cellule de cohésion sociale du CPAS de La Louvière qui ont proposé à des artistes professionnels, des artistes amateurs, des écoles d'arts, des centres d'expression et de créativité, des groupes de jeunes, d'adultes, des associations, etc. de créer, de décorer, de transformer une chaise en un objet d'art vendu au profit de cette école de cirque.

 

 

Certains d'entre-vous se demanderont si ce n'est pas quelque peu puéril de consacrer tant d'énergie à un tel projet alors que les besoins vitaux ne sont pas satisfaits dans ce coin du monde? Ils auront torts car cette école est une véritable bouffée d’oxygène dans un environnement où la guerre couve sous chaque pierre, au détour de chaque rue.

Ce cirque crée un espace qui permet aux jeunes palestiniens de se développer physiquement, de s'exprimer, de s’évader et d'échapper aux énormes pressions qu’ils subissent quotidiennement tout en développant leurs talents et leur personnalité.

Voilà donc une cause qui doit toucher la population louviéroise non pas par sensiblerie mais bien parce que, tout au long de sa jeune histoire, La Louvière a été une ville de paix ouverte aux cultures, aux femmes et aux hommes venant du monde entier. Voici donc l'intégralité d'un discours très fort prononcé par jacques Gobert à l'occasion de cette visite :

" Madame la Déléguée générale,

C'est un très grand honneur que vous faites à la Ville de La Louvière et à ses représentants en nous vous permettant de vous accueillir ce soir.

 

 

La chronique de votre vie résume bien ce qu'est aujourd’hui encore le destin de millions de vos compatriotes réfugiés dans des camps disséminés dans le monde arabe et ballottés d'un état à l'autre au gré des aléas de la politique internationale. Votre nom ne signifie-t-il d’ailleurs pas en langue arabe « martyr » ? Encore un symbole ...

Vous-même êtes née en exil, en 1949, à Beyrouth, quelques mois après la partition de la Palestine alors sous mandat britannique. Vous êtes issue d'une très ancienne famille hiérosolymitaine puisque votre grand-père et votre arrière-grand-père furent maire de Jérusalem, al-Quds en langue arabe, sous l'ère ottomane. Vous appartenez à la célèbre famille des al-Husseini et êtes donc, à ce titre, la cousine de feu Yasser Arafat.

Jeune étudiante au moment de la Guerre des Six Jours, en 1967, vous décidez de vous impliquer dans la vie politique et sociale, en particulier auprès de vos compatriotes les plus démunis réfugiés dans les camps du Sud-Liban. En septembre 1982, vous serez témoin de l'horreur suprême en vous rendant, aux portes de Beyrouth-Ouest, dans les camps de Sabra et Chatila dont la population a été massacrée par les Phalanges chrétiennes libanaises ivres de vengeance après l'assassinat du président du Liban Bachir Gemayel ; une mort à laquelle les Palestiniens étaient pourtant totalement étrangers.

Dès lors, vous allez passer l'essentiel de votre vie sur les routes défendant sans relâche la cause du peuple palestinien en Irlande, aux Pays-Bas, au Danemark, en France et, depuis 2005, à Bruxelles en tant que Déléguée générale de Palestine auprès de l'Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg.

Une cause qui touche énormément la population louviéroise non pas par sensiblerie ou par un sentimentalisme exacerbé mais bien parce que, tout au long de sa jeune histoire, La Louvière a été une ville de paix ouverte aux cultures, aux femmes et aux hommes venant du monde entier.

   

Ainsi, dès la fin du premier conflit mondial, c'est dans cette ville que les premiers gestes de réconciliation avec le peuple allemand furent posés et qu'il y a 80 ans, le 16 octobre 1921, naissait le mouvement pacifiste du « Fusil brisé », prélude à l'Internationale des résistants à la guerre.

Résister, c'est un devoir pour tout être humain, là où il se trouve, de refuser de se taire ou d'accepter la fatalité des événements. Un vent nouveau se lève en Orient, votre terre, soulevant l'espoir de millions de personnes du Maghreb au Maschrek d'en finir avec le pouvoir de quelques potentats qui confisquaient la liberté et les droits de leurs peuples tout en détournant les richesses à leur seul profit. En Europe, en Amérique et même en Israël, les citoyens commencent à se lever refusant le creusement des inégalités et dénoncent de plus en plus ouvertement le poids du monde financier sur les choix politiques.

Je ne peux ici passer sous silence le récent essai de Stéphane Hessel, « Indignez-vous! », qui défend l'idée selon laquelle l'indignation est le ferment de l'« esprit de résistance ». Dans ce court texte, il explique que la situation en Palestine est pour lui sa « principale indignation » dans le monde.

Ce diplomate français, né en 1917 dans une famille juive berlinoise, qui fut un combattant de la France libre avant de connaître les affres de de la déportation à Buchenwald, a contribué en 1948 à la rédaction de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Aujourd’hui, à l’âge de 94 ans, il continue à donner au monde entier une leçon de vie et d’espoir. Ses prises de position dans le conflit israélo-palestinien lui valent l’animosité des mouvements sionistes radicaux. Ainsi, il y a quelques mois, certaines de ces organisations parvinrent à empêcher la tenue d’un colloque à l’École Normale Supérieure de Paris où vous deviez, tous deux, vous exprimer sur la situation en Palestine avec d’autres personnalités réputées pour leur engagement en faveur des droits de l’Homme comme Élisabeth Guigou et Gisèle Halimi.

Nous le voyons bien la question israélo-palestinienne demeure extrêmement sensible, provoquant des réactions exacerbées non seulement sur les lieux mêmes de ce terrible huis clos mais également chez nous.

Mais de l’indignation face à la situation vécue depuis plus d’un demi-siècle par des millions de Palestiniens à Gaza, à Jérusalem, en Cisjordanie et dans les camps de réfugiés à l’engagement en faveur de votre peuple, il y a un pas que les citoyens louviérois ont franchi grâce, notamment, à l’action menée par Présence et Action Culturelles à travers son projet « Assoir l’Espoir ».

Madame la Déléguée générale de Palestine, alors que les Nations-Unies débattent en ce moment de l’opportunité d’accorder à la Palestine un siège au sein de son assemblée, permettez-moi de formuler le vœu qu’un jour proche, moi ou mon successeur auront l’honneur de vous accueillir à La Louvière en qualité d’ambassadrice d’un état de Palestine indépendant reconnu dans ses frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale et vivant en parfaite symbiose avec ses voisins. "